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Le blog de l'actualité Ivoirienne et internationale

Petite chronique de Pâque ivoirienne

En ce moment, les nouvelles ivoiriennes «vraies et fraiches» sont rares. En France, l’émissaire politique de Ouattara, Mamadou Touré a présenté plusieurs fois une Côte d’Ivoire idyllique. En trois ans le magicien Ouattara a sorti de son canotier une Eburnie en chantiers, à défaut d’être «au travail», grâce à son argent qui «travaille» sans circuler.

Saluée par l’Onu, la Commission électorale « indépendante » a vu le jour, sur les 13 membres, dix ont leurs carte de membre du RDR, la démocratie avance au galop, et rien ne semble l’arrêter. L’AFP, pour commémorer le 11 avril a parlé de l’essor fulgurant de la Côte d’Ivoire, un vrai tigre jailli des chantiers qui perdurent, sans jamais nourrir les Ivoiriens… seul bémol, « un fort niveau de corruption rafraîchit l’euphorie ambiante« … Cette euphorie où l’ont-ils trouvée? L’article ne le dit pas, de même qu’il ne pipe mot sur les recensements difficiles et contestés.

Ouattara serait bien malade; le bien-portant, rentré sous les acclamations le 2 mars, est porté pâle depuis plus d’une quinzaine, apparemment d’abord confiné dans ses appartements avec à son chevet tout un hôpital de campagne venu spécialement de France, et hier il se serait envolé pour l’Hexagone. Le compte rendu du conseil des ministres de la semaine dernière auquel il est sensé avoir participé ressemblait davantage à un montage : Ouattara  photographié assis et seul, arrivé avant ses collaborateurs, un Ouattara physiquement bien en forme, alors que les derniers clichés le représentaient plutôt amaigri et les traits tirés…Et le 11 avril, il a évité de parler devant les micros, préférant ne pas se faire remarquer…

Dominique a joué également les abonnés-absents, se faisant représenter lors de la semaine de deuil de la famille d’Awa Fadiga par les femmes du gouvernement et ses deux belles sœurs Ouattara… En attendant, rien ne filtre; ce sinistre troisième anniversaire est arrivé, triste anniversaire de la fin d’une république vraie pour la remplacer par une dictature aux accents républicains, mais n’ayant pour programme que le chaos, la mort, et la misère dans ses bagages…Pas de libérations, pas de promesses…seule l’AFP en faillite, -à la recherche de 36 millions d’Euros- a joué les bonimenteurs, vantant l’excellence de la gouvernance Ouattara.

Sur la toile, seuls les cyber-activistes sont éveillés : régulièrement défilent les photos de ces jeunes « aux mains nues », arrêtés, photographiés dans des conteneurs, et dont on est sans nouvelles depuis avril 2011; les familles bien-sûr ne perdent pas l’espoir, mais ces jeunes pour la plupart ne sont certainement plus en vie; ils ne font pas partie non plus des 3000 morts du compteur de l’histoire qui s’est arrêté, quand le Remplaçant a été installé, empêchant un décompte des morts plus réaliste.

Hier, très discrètement, une nouvelle a été lâchée, très doucement, sans faire de bruit : Ouattara se serait de nouveau envolé à destination de Paris-Hôpitaux, juste pour une semaine, nous dit-on : il s’agit de la fameuse visite de routine après une opération, somme toute très banale. Mais de suite on rappelle qu’il a tenu un mois et demi sans voyager ! Un record pour cet homme politique qui bat le pape précédent dans le nombre record de voyages. Du coup, il permet à la très pieuse Dominique son épouse, de vivre la semaine sainte en France, de jouer les Mater Dolorosa à la basilique du Sacré Cœur; elle, l’abnégation faite chair, l’incarnation du Bien : pensez-donc, une femme blanche au service de cette Afrique qui continue de s’entredéchirer, on ne sait pourquoi…Il faut absolument que ses dévoués adorateurs se mobilisent pour que lui soit attribué le prochain prix Nobel de la paix. Notre mère Teresa ivoirienne le mérite amplement!

Il ne se passe rien en Côte d’Ivoire, si ce n’est que les gens meurent; la sombre histoire d’Awa Fadiga a juste mis en valeur cette comédie cynique d’hôpitaux qui n’en sont plus et qui n’ont aucun médicament, aucune équipement, aucun appareillage en état de marche. La ministre de la santé, membre depuis l’origine du fanclub Outtara, furieuse de savoir que Laurent Gbagbo n’avait pas péri lors de l’assaut du palais présidentiel, pourrait briguer un nouveau portefeuille ministériel après les vagues causées par ses déclarations contradictoires lors de la mort de la jeune mannequin; mais en aucun cas elle ne sera sanctionnée. La direction du CHU a été limogée, mais on ne touche pas à une coéquipière rebelle de la première heure! Pleurnichant de concert avec Dominique Ouattara lors de la cérémonie du cabaret du Coeur, elle a préféré que rentrent des fonds pour la création d’un hypothétique hôpital mère enfant de Bingerville, aux standards européens, alors que les mêmes fonds auraient été les bienvenus ici et maintenant pour réinjecter de la vie dans les hôpitaux-mourroirs existants, ou les mêmes mères et les mêmes enfants auraient pu etre soignés… mais la ministre de la santé a préféré jouer les dames de compagnie de la blanche colombe, et le gouvernement continue de jouer les amuseurs du Roi Ouattara, une fois de plus hospitalisé en France, déconnecté de la réalité ivoirienne, à l’avenir de plus en plus rétréci, mais parlant encore et toujours avenir, émergence, seul candidat de son clan aux élections de 2015… De ce fait, toute cette clique obéit à des ordres venus d’ailleurs, de l’étranger probablement, de la France certainement…

Le recensement prend des allures de campagne électorale, les menaces à peine voilées des officiels contre les récalcitrants, démontrent bien qu’au delà d’un simple décompte, il y a des enjeux que l’on cache, en lien certainement avec ces élections d’octobre 2015 où Ouattara -ou un autre polichinelle, s’il lui faut un remplaçant- doit obligatoirement sortir des urnes pour continuer cette politique du « joli vivre ensemble » ivoirien et de la paix et de la réconciliation retrouvées.

En attendant à la CPI, les preuves font cruellement défaut. Et si en ces temps troublés, il y a eu beaucoup d’exactions, de vols, de viols, les enquêtes conduisant aux coupables semblent plus étoffées du côté de Ouattara, de Soro et des Com’Zones, qui eux probablement seront livrés en pâture dans quelques mois. Wattao a pris ses dispositions et le fait savoir : s’il tombe, il ne tombera pas sans ses mentors… Alors la CPI et les gouvernements européens tentent de gagner du temps, la livraison de Charles Blé Goudé permet de ralentir le cas « Gbagbo » en le liant à celui de Blé Goudé, et si on y rajoute la première Dame Simone, de gagner encore plus de temps pour nous ramener au delà de 2015, en 2016, avec un nouveau Président Dictateur Général; mais il faut procéder par paliers, livrer rapidement la première dame pourrait conduire à des émeutes incontrôlables.  Le gouvernement, et surtout la France, tentent d’entrainer le FPI à rentrer dans cette course au pouvoir, en le muselant, l’intimidant, lui rappelant sa magnanimité: ces hommes politiques proches de Laurent Gbagbo sont toujours à la disponibilité de la justice, toujours  » incarcérables »…L’intimidation est visible.

Alors que nous attendions d’Affi N’guessan qu’il se prononce lors du lâche assassinat de son ancien policier garde du corps, il s’est contenté de révéler qu’il était allé rendre visite à la famille lors de la semaine de deuil, mais sans revenir sur les causes de l’assassinat, sans interpeller le gouvernement sur l’enquête, qui très certainement n’a pas encore débuté, sans parler des nombreuses morts suspectes de gendarmes, sans revenir sur le cas des prisonniers, et des prisons clandestines comme la villa Gossio, qui abriterait même un français… Le FPI, pris entre son désir de dénoncer la dictature et son désir de revenir au pouvoir ferme les yeux sur beaucoup de choses, prépare l’amnésie-réconciliation qui absoudra bien des coupables, en rêvant au changement, ce changement que la France a toujours voulu dans la continuité, c’est à dire avec des chaines en acier inoxydable, au lieu d’être en métal lourd. Soudoyé par l’ambassadeur d’Israël qui représente les intérêts d’un Netanyahou, homme d’affaires à la solde des Etats-Unis, c’est une voix légèrement discordante pour la France, mais ce n’est qu’une flatterie de plus, faire dévier un gouvernement à la solde presque exclusive de la France pour le faire tomber un peu plus dans la sphère d’influence américaine.

Je ne suis pas ivoirienne, et je ne vis pas le quotidien douloureux, difficile des ivoiriens, mais j’ai eu du mal ces dernières semaines à saisir la tactique du FPI qui est déjà dans la préparation de l’après Ouattara, alors qu’il pourrait être un magnifique levier pour obliger le gouvernement Ouattara d’honorer ses promesses électorales concernant ce mandat, avant de se permettre de se projeter dans un nouveau mandat. 5 universités en 5 ans ne peuvent devenir 10 universités en 10 ans! Quand Ouattara demande un second mandat pour arriver à terminer ce qu’il n’a pu faire, c’est là qu’il faut dénoncer son incapacité, et l’incapacité de son gouvernement : où en est-on du million d’emplois promis? Le délabrement du système de santé doit être dénoncé, l’état de santé des prisonniers et la violence dans les prisons doit être dénoncés; au départ il était question pour le FPI de ne rien entreprendre tant que tous les prisonniers politiques ne seraient pas libérés. Même à supposer que l’opposition « gagne » les élections contrôlées par la France, que gagnera-t-elle à être cette mouche prise dans la toile d’araignée, qui peut bouger, que l’on nourrit, et qui officiellement« dirigerait » la Côte d’Ivoire libérée, alors que toute l’infrastructure coloniale serait encore en place, les contrats signés toujours en vigueur, les conseillers français toujours à l’œuvre?

Les droits de l’homme seraient certes assouplis, mais face à une  revendication légitime d’hommes et des femmes aspirant à plus, à une vraie liberté sans entraves, à une jouissance du fruit de leur travail et des richesses de la Côte d’Ivoire, sans françafrique, quelle conduite l’ancienne opposition revenue au pouvoir adopterait-elle? Jusqu’à présent, l’abnégation d’un Laurent Gbagbo, que personne n’était arrivé à corrompre par l’argent, le pouvoir, n’a pas trouvé sur place son digne remplaçant – ou une équipe digne de prendre le relais – tout en exigeant le retour de son inspirateur, le retour du Président dont on a contesté l’élection sans se donner les moyens de prouver qu’il avait perdu! Le ministre en exil Lazare Koffi Koffi qui tentait de reprendre son parti politique en lui rappelant ses engagements du départ – aucune concession sur la libération de tous les prisonniers, y compris le couple Gbagbo – et lui dévoilant son mollissement depuis quelques mois, s’est malheureusement fait huer par certains partisans du FPI, alors qu’il tentait simplement de dénoncer ces sirènes de la séduction dont le chant gagnait malheureusement les élus de son parti, séduits par un retour aux affaires, prêts à bien des compromis.

Dans cette Côte d’Ivoire de rêve, paradis des cartes postales, il est interdit dorénavant de parler de dictature. La presse bleue vient de nouveau d’en faire les frais. Interdiction de paraitre pour certains journaux qui ont osé traiter le président installé de force par la Communauté internationale de « dictateur ». Or une presse muselée est l’indice révélateur des dictatures: nous sommes bel et bien dans un régime dictatorial, la démonstration n’est même plus à faire, elle est livrée, donnée, visible par tous. Après, la preuve est encore corroborée  par les morts, les prisonniers, les exilés, le rattrapage à l’œuvre, la milice armée qui tient lieu d’armée régalienne, le chef de l’état seul patron de l’armée!

A la place du pain, voici un Ersatz  bien inutile : Le recensement « obligatoire », sous peine de prison, encore un indice d’une dictature à l’œuvre. Le Fpi et l' »Alliance », regroupant les partis d’opposition font bien de relever l’inutilité de ce décompte qui ne prend en compte ni les morts, ni les disparus, ni les exilés, ni les prisonniers. Mais l’objectif n’est pas de « recenser » des personnes, il s’agit de démontrer que la Côte d’ivoire est vaillante, pleine de vie. Ce recensement veut afficher une Côte d’Ivoire démographiquement forte, où la population heureuse grandit, fait des enfants, où les gens sont au travail, une Côte d’Ivoire épanouie, où les Ivoiriens fraîchement naturalisés acclament et bénissent leur pas-dictateur bien aimé, prélude à de futures élections  où la Solution sera plébiscitée sans hésitation par ces étrangers venus par millions, bien souvent analphabètes, qui empêcheront le vrai décompte des morts et des disparus. C’est la farce qui sera servie à un Occident qui continuera à ne pas voir, ne pas entendre, ne pas ressentir, qui continuera de s’extasier devant le miracle économique de la Côte d’Ivoire…

Et la Côte d’Ivoire pendant ce temps agonisera pour un second mandat, corvéable à merci en travaillant pour un salaire de misère dans les seuls secteurs développés: l’agroalimentaire des multinationales, les mines et le café/cacao où plus d’enfants encore, en âge d’être scolarisés grossiront les rangs des ouvriers  embauchés pour une bouchée de pain; les étudiants seront encore invités grâce à des bourses étrangères à quitter leur pays – L’Allemagne vient de rentrer elle aussi dans cette chasse aux universitaires – pour gouter à une meilleure vie hors d’Afrique et venir enrichir de leur savoir cet Occident qui, tel le soleil couchant, inexorablement s’enfonce dans le néant entrainant avec lui si possible tout le potentiel de cette Afrique bouillonnante de cerveaux et d’intelligences noires; Alors Ouattara pourra définitivement enterrer ses universités, le microcrédit enseigné par son épouse suffisant à rendre intelligent des analphabètes manipulés, fidélisés quelque peu pour en faire un bon bétail électoral et permettre à la France de souffler encore un peu de temps, en attendant qu’enfin l’Afrique et la Côte d’Ivoire se réveillent pour un bon coup de balais de remise à l’heure des pendules.

Puissions-nous ne pas attendre trop longtemps ce réveil douloureux mais nécessaire et salutaire pour nous, nos enfants, préparer et travailler à un avenir meilleur pour ces « esclaves devenus indépendants » parait-il depuis plus de cinquante ans, mais qui ne le vivent pas encore, faute d’être rentrés dans l’Histoire, comme l’affirmait Nicolas Sarkozy à Dakar, il y a quelques années. Que la puissance de Pâque, non pas seulement la sortie d’Egypte, mais la marche pour l’entrée dans Canaan se fasse rapidement, avec ce rappel qu’il ne peut y avoir de place pour Amalek, le françafricain: le moindre germe de compromis, de compromission, et c’est toute la semence qui est gâtée, alors la germination est menacée et ne pourra aboutir qu’à une moisson de faible rendement, une nourriture qui ne nourrira que sur le court terme, permettant aux rapaces de revenir s’installer durablement pour diriger des hommes et des femmes qui jamais ne gouteront à la vraie liberté et ses bons fruits de justice, de générosité, de droit et d’excellence.

Shlomit Abel, 17 avril 2014

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18 avril 2014 - Posted by | Politique | , , , ,

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